//
vous êtes en train de lire...
Actus

Article L’imagerie du cerveau dévoile les secrets de la dyslexie

Par Nathalie Szapiro-Manoukian – le 15/04/2013

INFOGRAPHIE – Ce trouble, trop souvent assimilé à une forme de paresse, trouve son origine dans un dysfonctionnement du cerveau.

Quand tout va bien, à chaque fois que l’on voit ou que l’on entend quelque chose, un signal est envoyé au cerveau qui doit comprendre ce dont il s’agit et lui donner du sens. Mais il peut exister des petits dysfonctionnements de ce système qui permet de comprendre, d’analyser et de traiter les informations captées par nos cinq sens, ce qui aboutit à différentes perturbations.

La dyslexie est la plus connue d’entre elles et l’on compte environ 5 % d’élèves dyslexiques, à des degrés divers. «Il s’agit d’un trouble spécifique de l’acquisition de la lecture et de l’orthographe qui va au-delà de simples difficultés ou de l’illettrisme. Elle s’explique par une difficulté toute particulière pour conceptualiser les sons de la parole, les associer aux lettres correspondantes et les mémoriser. Ce n’est pas le rôle des professeurs des écoles de poser le diagnostic, mais face à un élève qui présente des difficultés persistantes et avec lequel aucune pédagogie ne semble marcher (même en insistant beaucoup sur les relations entre les lettres et les sons), l’avis du médecin scolaire et/ou d’un autre professionnel de la santé doit être demandé sans tarder, pour bilan», explique Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS (Institut d’étude de la cognition, École normale supérieure, Paris).

À quoi est dû ce dysfonctionnement? Certainement pas à la paresse de l’enfant, comme certains le croient encore. L’IRM fonctionnelle – qui permet de localiser les régions du cerveau activées pendant une activité cognitive, pour les comparer entre participants dyslexiques et témoins– a permis de relever plusieurs différences entre le cerveau d’un enfant dyslexique et celui d’un non dyslexique: «une équipe française a notamment découvert l’existence d’une aire dans le cerveau – l’aire visuelle des mots, située dans le lobe temporal gauche – qui s’active normalement quand on lit, sauf chez un dyslexique. Il s’agit donc d’un véritable marqueur de ce dysfonctionnement», souligne le Pr Michel Habib, neurologue (CHU la Timone, Marseille) et coordinateur du réseau régional de praticiens œuvrant dans le domaine des troubles d’apprentissage (Resodys).

D’autres études ont ensuite montré que quels que soient le pays et la langue dans lesquels on a appris à lire, c’est toujours cette même zone qui dysfonctionne, exception faite des Chinois, car leur alphabet comporte quelque 1500 lettres qu’ils apprennent en faisant le geste de dessiner la lettre. Chez les dyslexiques chinois, c’est donc une aire motrice de la main (et non l’aire visuelle des mots) qui est moins bien activée. Par ailleurs, plus l’orthographe d’une langue est opaque – sans correspondance entre ce que l’on peut lire et ce que l’on doit prononcer – et plus la gêne est importante. Un dyslexique anglais ou français est de fait défavorisé par rapport à un dyslexique italien. «Alors qu’un non-dyslexique reste quelques dixièmes de secondes sur un mot pour le reconnaître, un dyslexique a besoin de beaucoup plus de temps pour le décoder, car il lui faut le découper lettre par lettre, puis tout assembler par sons jusqu’à arriver à un mot. À tâche égale, il dépense donc beaucoup plus d’énergie qu’un autre, pour un résultat moindre, ce qui est source de découragement», poursuivent le Pr Michel Habib et Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne (directrice des centres Cogito’Z de Paris, Marseille, Avignon, centres spécialisés dans la prise en charge d’enfants en échec scolaire).

Grâce aux avancées de la recherche, on comprend mieux pourquoi ces dysfonctionnements existent. À l’imagerie structurelle qui permet de bien voir les connexions entre les différentes régions du cerveau, on s’est aperçu, chez des enfants dont la famille compte plusieurs dyslexiques, que certains faisceaux – notamment ceux qui permettent de faire le transfert entre l’information visuelle jusque dans l’aire de Broca (aire du langage) à l’avant du cerveau – sont moins riches et moins structurés chez les dyslexiques et ce, avant même l’apprentissage de la lecture.

Encore faut-il prouver que ces différences sont bien la cause et non la conséquence de la dyslexie. Des études préliminaires le suggèrent déjà. «Nous avons pour projet, au cours de ces deux prochaines années de chercher à observer (grâce à des IRM à très haut champ magnétique) des perturbations de nature telle qu’elles n’ont aucune chance de disparaître. C’est justement pour cela que nous cherchons à les visualiser: pour enfin confirmer qu’il y a des perturbations cérébrales très précoces (prénatales) et qui ne peuvent pas être la simple conséquence du mauvais apprentissage», insiste Franck Ramus. Enfin, d’autres chercheurs dans le monde essaient de comprendre quelles variations génétiques sont associées à quelles variations cérébrales: de quoi percer les derniers mystères concernant les vraies causes de la dyslexie… et déculpabiliser des générations d’enfants !

Publicités

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :