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Des mots pour le dire

Dyslexie, problème de la parole ou problème de l’écoute ?

On pourrait considérer que la dyslexie est un trouble spécifique à la parole (d’où une rééducation orthophonique –phonologique-), ou bien alors comme un syndrome aux manifestations multiples, dans les domaines sensoriel (auditif, visuel…) et moteur (d’où une rééducation psychométrique –psychomotricien-).

La bataille fait rage autour de ces points. En effet, si aujourd’hui la dyslexie est reconnue, il n’en demeure pas moins qu’elle apparaît différente en fonction des individus. Alors peut-on y voir une déficience de perception auditive, visuelle et/ou motrice lorsque la parole n’est pas fluide ?

Pourquoi le système rééducatif (reconnu par la Sécurité Sociale) orthophonique est pratiqué ? Parce que l’on part du principe qu’une dyslexie est d’abord phonologique. On peut traiter par cette méthode également une masse, sans avoir à rentrer dans le détail de la « dys ». Le coût des autres méthodes demande des études approfondies elles mêmes coûteuses, mais elles demandent également un investissement matériel plus important sur le plan rééducatif, donc des prix trop élevés à notre Sécurité Sociale. Elles sont donc considérées comme « faites de miracles » et exécutées par des entreprises médicales privées.

Des chercheurs se sont penchés sur bien des cas « dys » et c’est pour cela qu’aujourd’hui des neurologues nous établissent le pronostic d’un problème génétique et/ou neurologique. Ils observent le cervelet, mais également les oreilles !

Comment un « dys » entend-il ?

  •  Le son va venir à son cerveau par son oreille gauche. Il faudrait que ce son arrive par son oreille droite. En effet, le son met plus de temps en partant de la gauche, passant par le lobe gauche puis arrive au lobe droit (lenteur).
  •  Certaines fréquences ne lui arrivent pas. Il a pourtant passé les tests auditifs et tout va bien, mais voilà, l’oreille interne peut reconnaître des sons donnés sur une même fréquence, le test sera positif. Lorsque nous parlons français nous n’utilisons pas la même fréquence dans le nord que dans le sud ; lorsque nous parlons anglais (bouche fermée langue en contacte des dents) ou espagnol (dans la bouche), les sons ont une autre fréquence…

En résumé, la dyslexie semble être avant tout un déficit spécifique aux représentations phonologiques. Dans une partie des cas, il est accompagné d’une constellation de troubles sensoriels et/ou moteurs, qui joue peu ou pas de rôle dans les problèmes de lecture. Il s’ensuit que dans l’état actuel des connaissances, la stratégie pour remédier à ce handicap, la plus adaptée en règle générale, reste celle basée sur l’entraînement de la conscience phonologique et sur un enseignement de la lecture adapté. Néanmoins, compte tenu de la complexité entre la dyslexie et d’autres troubles développementaux, lorsque le profil neuropsychologique de l’enfant l’exige, d’autres traitements peuvent s’avérer utiles.

La méthode Tomatis est une méthode basée sur la « rééducation de l’écoute ». Elle s’adresse aux personnes (enfants et adultes) aux prises avec divers problèmes de voix, d’écoute, d’apprentissage ou de communication. Parmi les troubles les plus souvent traités, on retrouve le déficit de l’attention, les retards d’apprentissage, l’autisme, la dyslexie, les problèmes de motricité et de langage et les difficultés d’apprentissage de langues étrangères.

Alfred A. Tomatis, oto-rhino-laryngologiste, fut le premier à observer, vers 1950, que « nous chantons grâce à nos oreilles ». Il avait remarqué que les travailleurs d’usine ayant une perte d’audition avaient fréquemment aussi des distorsions dans la voix. Il avait aussi noté que les chanteurs d’opéra ayant des troubles de la voix pouvaient subséquemment souffrir d’une perte auditive. Ce phénomène fut ensuite vérifié scientifiquement et nommé « effet Tomatis ».

Ce fut le point de départ d’une longue série d’observations cliniques qui amenèrent Tomatis à redéfinir notre compréhension de l’oreille. La qualité de l’audition aurait une influence déterminante sur la voix, sur la capacité d’attention ainsi que sur le développement du langage et de diverses facultés d’apprentissage. (réf. explications du groupe Tomatis)

Mon témoignage 

Parce qu’en 1979, après 10 années à avoir toutes les semaines rendez-vous avec un psychologue pour enfant (jamais vu d’orthophoniste), mes parents ont découvert « Tomatis ».  A l’époque la dyslexie n’était pas connue ou reconnue et l’enfant était considéré comme attardé (simplet).

A partir de la 6ème, pour ma part, j’étais excellente en sport, seule matière où mes notes excellaient. Enfant plus qu’introvertie, ne participant jamais en cours, ne parlant que très peu et assez mal intégrée à la vie de classe, le sport était le seul moment où les autres me manifestaient un intérêt : lorsque j’étais dans leur équipe, ils gagnaient ! Dans la cours de récréation, je jouais au foot avec les garçons, nous n’étions pas nombreuses à être acceptée, ils n’autorisaient que les meilleures. Ayant relevé bien des records d’écoles, mes capacités physiques déroutaient le corps enseignant par rapport à mes capacités « dites » intellectuelles (un esprit « sain » dans un corps « sain » !!!).

Alors, mes parents m’ont fait passer des tests  dans un centre d’orientation, comme le QI, tests de mémorisation et ceci tous les ans à partir de la 6ème car il y avait une orientation à choisir… Tous les tests révélaient une capacité intellectuelle, voir même une rapidité d’exécution au-dessus de la moyenne dans certains domaines graphiques, quand je n’avais pas de multiplication ou division à faire, je pouvais donner le raisonnement du problème très vite, seuls les calculs me faisaient perdre du temps.

Vous dire que j’étais en souffrance : oui et non.

Non, je vivais et m’enfermais dans mon monde, ne comprenais pas toujours ce que les autres attendaient de moi. Les professeurs m’appréciaient car j’étais toujours très « sage »… Une fois on me mettait devant pour suivre mon travail en classe, une autre fois, on me mettait derrière, car les autres faisaient trop de bruit et je n’entendais plus rien.

Oui, rentrée à la maison avec des notes qui ne reflétaient jamais le temps passé à avoir appris les leçons, où la réponse que j’avais écrite sur le devoir de français était à mes yeux la même que le professeur donnait mais écrite différemment. Les dictées : toujours zéro. Des livres à lire, quelle horreur, une fois que j’avais déchiffré, je n’avais rien compris (mon père lisait les leçons à apprendre et me faisait répéter derrière lui –suivant le conseil du psychologue-). Et puis, on me parlait de choisir un métier déjà en 5ème, manuel de préférence (mon idée, prof de sport !).

La décision a été prise de me mettre en 4ème aménagée : anglais renforcé (pas d’autres langues étrangères) et aussi plus de français et mathématiques. Cela impliquait que je pouvais aller jusqu’à la 3ème déjà… Pour mes parents, un certain soulagement, pour moi, je restais à l’école et rien ne changeait.

Ce printemps là, je suis arrivée avec mes parents dans un centre. Mes parents m’ont expliqué que j’allais encore passer des tests… Faciles ceux-là, j’ai juste eu à m’assoir, poser un casque sur ma tête, mais cette fois ce n’était pas des écouteurs classiques. Non, la dame me plaçait cela derrière l’oreille ??? Il me fallait lever la main droite ou la main gauche ou voir même les deux suivant le son qui arrivait (je connaissais !).

Enfant docile, on m’expliqua que je passerai 4 semaines en août dans ce centre afin de rééduquer mes oreilles car j’avais un problème d’écoute, je n’entendais pas bien.

Passage en 3ème, pour septembre, mais le mois d’août dans un centre ? Je suivais le mouvement.

Pendant les quinze premiers jours, j’étais comme en colonie de vacances. Mis à part les séances d’écoute le matin, je visitais avec le groupe les environs du centre comme des musées, zoo et nous allions même à la piscine. Faisant partie des plus âgées, on m’avait mise responsable d’un petit groupe. On me donnait la responsabilité de vérifier que mon groupe était au complet lorsque nous prenions les transports en commun ou lorsque nous étions dans un lieu public avec beaucoup de monde. Nous étions tous à la même « enseigne », des enfants qui n’avaient pas de bonnes notes à l’école et que la lecture rebutait. Dans le centre d’ailleurs les BD étaient à volonté !

Et voilà qu’on m’annonce que pendant trois jours, non stop, nous serons au centre du matin jusqu’en fin d’après-midi, voir même un soir. Et là les choses se corsent…

Tous ces sons que j’avais entendu jusque là ne m’inquiétaient pas et brutalement ils devenaient autres. Ma réaction fut immédiate, repli sur moi, crises de larmes, refus de communication au point de me dire très malade et d’aller me coucher en pleine journée (jamais produit avant cela, jamais reproduit après d’ailleurs !), plus aucune parole ne sortait de ma bouche sinon le « oui » ou le «non » à une question des personnes encadrantes (même pas aux autres enfants) : J’ENTENDAIS.

Le psychiatre responsable du groupe me fit appeler dans son bureau pour un entretien. Je n’ai jamais retenu les mots qu’elle a prononcés mais j’avais bien compris le sens. Etourdie par ce qui m’arrivait, je retournais dans la chambre et rangeais mon coin de lit. Ensuite, j’allais rejoindre les autres qui jouaient dans le grand jardin que nous avions autour et je les écoutais.

Les quinze jours qui ont suivi n’ont été que du bonheur. Les sons arrivaient différents, je me sentais devenir une autre.

Mon comportement social a changé également à la sortie du centre : je parlais, je racontais. Je n’oublierai jamais le visage de mon père qui m’écoutait rayonnant. Et aussi, je chantais juste !

Si l’écoute m’était acquise, il me restait à poursuivre la rééducation et surtout à lire… L’entretien de sortie que j’ai eu avec Mr Tomatis m’a permis de prendre sur moi, de comprendre que je n’avais pas fini. Que diriez-vous si je vous disais que les premiers pas ont été plus qu’une souffrance ? Il me fallait me lever plus tôt le matin, prendre la position, et lire. Lire des choses que je ne comprenais pas. Puis de semaines en semaines, les premières phrases ont eu un sens. Je savais lire (14 ans1/2).

Seulement savoir qui je suis aujourd’hui ? Lorsque vous me côtoyez vous ne pouvez pas savoir que je suis « dys ». Les jours de grande fatigue, comme tout le monde, il manquera un mot dans une phrase du courrier ou ma phrase sera écrite « à  l’envers » (inversion de mots que l’ordi ne corrige pas toujours). Je peux utiliser un mot à la place d’un autre. Une dernière anecdote : confondre Congo et Togo…

Mon dernier Job : responsable commerciale et marketing France (+5 ans, j’ai du suivre mon mari sur Londres). J’y faisais quoi ? J’ai dépoussiéré le système de communication et commercial mis en place, en y introduisant le support informatique (montage de CD documentation de l’entreprise, relance clients et nouveautés présentées, développement du marché vers l’hôtellerie grand luxe, montage du stand de l’entreprise pour un grand salon international deux fois par an, management…). Dès que le boss a vu le chiffre d’affaires poursuivre sa croissance, et retrouvé des anciens clients,  il a cherché à plus m’impliquer dans ses projets. Lorsqu’il parlait, il n’avait pas besoin de terminer sa phrase que j’avais déjà quelque chose à lui proposer. Travaillant trop vite,  un membre de mon équipe est venu me demander de réduire le rythme, ils n’arrivaient pas à me suivre. Mon boss m’a même fait la réflexion une fois que je lui donnais du stress parce que j’allais trop vite dans mon raisonnement.

La lecture : je ne peux pas m’endormir si je n’ai pas lu avant. Les livres : je les dévore !

Ma passion pour l’architecture : je sais dessiner des plans (déposé en mairie pour permis de construire). J’aime faire de la maçonnerie, monter une toiture, poser de l’isolation, faire de la plomberie, l’électricité, le carrelage dans une maison, bâtir une piscine et son local technique avec un coin cuisine d’été –jamais appris, j’ai lu seulement-. Vous avez un nouveau projet : je vais analyser et prendre l’information qui va m’aider à réaliser ce que vous voulez.

Un mot pour tout cela : autodidacte, bien obligée de développer d’autres stratégies !

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